Mardi 15 mai 2007

L'orage s'est élevé, il a terrassé quelques grands chênes, gardiens jusqu'alors inébranlés, attendant leur heure au flanc de la colline de Coquibus. Et l'orage s'est éloigné. La lumière couchée de la journée qui touche à sa fin embrase à présent la vallée, les acacias en fleur et les gousses turgescentes du colza en fruit. C'est l'heure à laquelle ma promenade en forêt touche à sa fin, je laisse derrière moi les feuilles trempées des jeunes châtaigniers qui luisent dans le sous bois, je rejoins la lisière du Massif des Trois Pignons. Bientôt les chevreuils eux aussi vont sortir, profiter un instant des derniers rayons de soleil et se nourrir de fleurs des champs, avant que la nuit ne s'abatte sur la plaine.
Une heure à peine s'écoule avant que ne surgissent des broussailles deux jeunes mâles. Ils se poursuivent, se font face, s'éloignent et se rapprochent l'un de l'autre, jaugent leur combativité. Ces futurs brocards, mâles dominants de la harde, doivent asseoir leur autorité sur ce territoire de rêve, la forêt qui les abrite et la plaine qui les nourrit. Ils gambadent, toujours à bonne distance de l'affût, le soleil est masqué par un nuage et la lumière est pâle. Mais l'un des deux animaux s'approche assez pour m'offrir des images correctes. Et sans raison apparente, il reprend sa course bondissante et rejoint à nouveau le sous-bois.
Ce n'est qu'en toute fin d'après midi que j'aperçois cette chevrette couchée au pied des genêts à balais. Elle est très loin et j'entame une approche en rampant comme un serpent au milieu des fleurs, qui me camouflent. Bien sûr, elle m'a repéré, mais sa curiosité est immense qui l'empêche de s'enfuir. Puis tranquillement, elle se lève et s'éloigne. courageuse mais pas téméraire.
Il est temps à présent de se retirer, encore quelque pas dans la prairie humide et son odeur chaude de fleurs printanières. A contre-jour elles semblent en feu, c'est un brasier géant qui crépite, avec ses milliers de grillons, et ses braises légères aux ailes incandescentes qui montent vers le ciel. Un grand sanglier noir est assez fou pour traverser les flammes, il est le dernier animal que je verrai, avant de disparaître à mon tour dans la poussière du soleil

   

par alexandre publié dans : enforet
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